Accueil » VIH & SIDA – parmi mes premières motivations à faire le métier de sexologue
Ruban rouge signe de lutte contre le VIH SIDA

Le VIH une motivation, étonnant non?

Alors bon…C’est assez contre-intuitif, je sais.

Au premier abord on pourrait se dire que le VIH, un virus, c’est un moteur de peur, de tension, d’anxiété. C’est pas faux. Alors que de l’autre côté, la sexologie c’est avant tout travailler sur le plaisir, l’érotisme…

Justement!

Au fil des années j’ai acquis la conviction que le fait de prendre soin de soi et de l’autre est tout à fait compatible avec la jouissance, l’érotisme, et la rencontre .

D’abord, les années 80 : la prise de conscience de l’apparition d’un nouveau fléau

Pour celleux qui ne se souviennent pas, voudraient se rafraichir la mémoire ou découvrir… Je vous conseille vivement:

Films

  • 120 battements par minutes
  • Dallas buyers club
  • Philadelphia
  • Les nuits fauves
  • The Normal Heart
  • Jeanne et le garçon formidable

Série

  • Pose

Bande dessinée

  • “Jo”, que toute ma génération a lu…ma madeleine

Musique

Juste pour se remettre dans l’ambiance.

affiche du film Philadelphia
Act'up : preservatif sur l'obélisque
Affiche du film "Les nuits Fauves" de Cyril Collard
Couverture de la BD Jo de Derib

Ayant vécu dans les années 80 les débuts de cette épidémie, être enfant dans ces années là ne m’a pas empêché de voir des êtres que j’aimais mourir, et le regard des personnes changer. A l’époque, Je n’ai pas tout compris tout de suite, mais un changement radical a eu lieu à ce moment. C’est magnifiquement résumé par le personnage de Pray Tell dans la merveilleuse série “Pose”:

— Pray Tell (Billy Porter), POSE, Saison 1: Love is the Message

They’ll never know that feeling. What it’s like to love without worrying that you’re gonna die, or worse yet, that you’re gonna kill somebody.
I don’t know what’s shittier having that freedom taken away or never having had it to begin with. 1) Ils ne sauront jamais ce que ça fait d’aimer sans se soucier d’en mourir, ou pire encore, de tuer quelqu’un. Je ne sais pas ce qui est le plus merdique.
Voir cette liberté nous être enlevée ou ne jamais l’avoir eu de sa vie.

Je crois que j’ai compris ça pour la première fois quand, en regardant quand j’étais petite “My girl”. En effet, je me souviens comme si c’était hier de la première fois où j’ai vu cette scène: deux gosses décident de devenir frère et sœur de sang en mélangeant une goutte du bout de leur doigt sous un saule pleureur (je sais, mes références cinématographiques sont très… éclectiques). Instantanément je me suis exclamé “Mais non, ils ne peuvent pas faire ça, ils pourraient attraper le Virus du SIDA !!!!!”. Et j’ai lu la tristesse dans les yeux de mes parents, et mon père de dire que l’innocence était morte.

Oui,à ce moment là, à travers cette réflexion j’ai senti, que notre génération avait à se battre pour regagner de l’innocence. Pas la même qu’avant, probablement. Mais en tout cas j’ai senti que je voulais faire tout ce que je pouvais à ma petite échelle pour que la peur ne l’emporte pas sur la joie, le plaisir et l’Amour.

Et pour ne pas avoir peur, il n’y a qu’une chose a faire :
regarder cette saloperie de virus dans les yeux.
Je sais que tu es là.

Tu ne vas pas empêcher les gens de jouir!

Puis les années 90 : Le début de l’action, la lutte contre le VIH

De ma part, d’une manière très modeste, mais continue.

D’ailleurs, Le déclic à été cette nuit là: le premier sidaction.

Attention! Un petit moment #onestlesvieuxdesjeunes

Je ne sais pas si on peut comprendre aujourd’hui ce que ce moment de télé a représenté à l’époque…

Ayant, gravé dans ma mémoire ce geste, je suis devenue militante à ce moment là. Quelque chose c’est cristallisé: les moyens d’actions sont infini, l’important c’est de faire sa part. Un petit colibri était né.

Enfin donc, l’engagement, encore et toujours, à différentes échelles. Auprès des pairs, d’abord, puis rapidement de manière associative.

Et encore ce leitmotiv: pour ne pas avoir peur, il n’y a qu’une chose a faire :
Regarder cette saloperie de VIH dans les yeux.
On sait que tu es là.

Tu ne vas pas nous empêcher de jouir!

Mais encore, mes années 2000 : Parenthèse universitaire – boulot – le militantisme continue

De ce moment là, il n’y a pas grand chose à dire si ce n’est qu’on est, avec quelques amis dans la même énergie, militants et festifs, on organise des 1er décembres fabuleux avec des équipes de choc, localement… persuadés que c’est bon! En effet, on pense que tout le monde a compris, pour toujours, le comment de la transmission et de la protection.

Et là on y a cru ! On n’a pas peur, il n’y a qu’une chose a faire :
Te regarder, saloperie de VIH, dans les yeux.
On sait que tu es là, et vois!
Tu ne nous empêche pas de jouir!

Enfin, les années 2010, la débandade, le choix

C’est à ce moment qu’un petit tremblement de terre personnel me remet les pieds sur terre. Je reviens à ce qui m’a toujours mu, et émue: la sexologie. Je quitte mon poste d’alors, reprends mes études. Et les lectures, mes oreilles qui trainent saignent: ces publications qui reviennent indiquant les croyances des millenials concernant le VIH et le SIDA 2)http://presse.sidaction.org/communique/62460/Sondage-Ifop-jeunes-l-information-prevention-du-sida… Les fausse croyance 2, le retour :

Prévention: tout est à recommencer

Ainsi, il faut tout reprendre. En fait il n’aurait même jamais fallut arrêter. La loi sur l’éducation à la sexualité attend toujours d’être appliquée au moment où j’écris ces lignes 3)http://www.education.gouv.fr/cid115029/education-a-la-sexualite.html, 4)Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène. .

En même temps, on n’est plus dans les années 80. En effet, les stratégies de préventions de réduction des risques on fait un bon magnifique. De plus, les traitements permettent aujourd’hui à beaucoup de personnes de vivre  bien et vieilles, j’en parlerais dans un prochain article.

Restent les personnes qui ne connaissent pas leur statut sérologique

C’est là qu’est le gros de l’action aujourd’hui.

Je suis très heureuse aujourd’hui de faire partie de l’équipe des trodeurs de la yaute, formée par fédération addiction aux TROD 5)tests rapide d’orientation diagnostique et au counselling pour intervenir avec l’association Thylac sur la Haute-Savoie.

Donc je reviens bien décidée, en tant que sexologue, à continuer, à autant de niveaux que possible:

  • Intervenir auprès de différentes associations de terrains, auprès de différents publics.
  • Faire de la prévention, des dépistages, du soutien aux personnes concernées.

Et pour ne pas avoir peur, il n’y a qu’une chose a faire :
regarder cette saloperie de VIH dans les yeux.
On sait que tu es toujours là.
Tu ne vas toujours pas nous empêcher de jouir!


References   [ + ]

1. Ils ne sauront jamais ce que ça fait d’aimer sans se soucier d’en mourir, ou pire encore, de tuer quelqu’un. Je ne sais pas ce qui est le plus merdique.
Voir cette liberté nous être enlevée ou ne jamais l’avoir eu de sa vie.
2. http://presse.sidaction.org/communique/62460/Sondage-Ifop-jeunes-l-information-prevention-du-sida
3. http://www.education.gouv.fr/cid115029/education-a-la-sexualite.html
4. Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène.
5. tests rapide d’orientation diagnostique